Mobilité et aménagement en milieu rural : le Morvan bifurque vers un territoire plus sobre et solidaire
Témoignage de Jessica Raciti, vice-présidente en charge de la transition énergétique, de l’adaptation au changement climatique et des mobilités au Parc naturel régional du Morvan
Jessica Raciti, témoignage recueilli par Pascale Repellin (Alterre)

30 juill. 2025

Le Parc naturel régional du Morvan s’est donné une ambition forte lors du renouvellement de sa charte en 2020 : devenir un territoire à énergie positive. Pour y parvenir, il fait de la mobilité un levier central, dans un contexte où les transports représentent plus d’un tiers de la consommation énergétique locale et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Sur ce territoire rural, marqué par la dispersion de l’habitat et une précarité importante (un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté), les enjeux de mobilité sont aussi sociaux.

Pour Jessica Raciti, vice-présidente du Parc en charge de la transition énergétique, de l’adaptation au changement climatique et des mobilités, la réponse ne peut être que systémique et collective : « La mobilité durable et inclusive est une manière de mener une transition énergétique juste et désirable. L’objectif est de mettre en place un bouquet de solutions plus économes en énergie, tout en embarquant l’ensemble de la population pour en faire un projet de territoire plutôt qu’une transition subie. »

Un projet structuré

Le projet BIMM – Bifurcations inclusives des mobilités en Morvan – porté par le Parc s’articule autour de trois axes :

  1. Un diagnostic complet
    Le projet a démarré fin 2024 par un diagnostic approfondi, organisé en trois approches :
    • Quantitatif, en identifiant les principaux flux de circulation sur le territoire ;
    • Qualitatif, à travers une enquête directe auprès des habitants pour comprendre leurs usages, besoins et freins ;
    • Exploratoire, en étudiant des solutions adaptées au contexte rural comme le covoiturage organisé ou les véhicules intermédiaires.
  2. Une gouvernance élargie
    Porté par le Parc, le projet s’appuie sur un partenariat réunissant 8 intercommunalités, 4 départements, les acteurs sociaux, associatifs et économiques. L’enjeu est de construire une gouvernance collective pour porter une stratégie territoriale de mobilité à long terme. « Il faut faire dialoguer tout le monde », souligne Jessica Raciti, qui n’exclut pas l’hypothèse de structurer cette dynamique en syndicat de mobilité, comme cela existe dans d’autres territoires.
  3. Une stratégie territoriale
    L’ambition est de bâtir un bouquet de solutions qui réponde aux réalités du terrain et aux besoins des habitants. Cela pourra passer par :
    • Le renforcement des transports à la demande existants ;
    • Le développement de solutions partagées : covoiturage, auto-stop organisé, véhicules intermédiaires ;
    • L’intégration de la mobilité dans l’attractivité touristique, avec une offre bas carbone et financièrement accessible ;
    • L’exploration de la relocalisation des services et équipements, afin de réduire les distances à parcourir. « Il s’agit d’un enjeu majeur déjà identifié dans la prospective climat du territoire à l’horizon 2050. Pour cela, le Parc pourra s’appuyer sur ce qui a bien fonctionné, comme la revitalisation du centre-bourg de Luzy, et aider à sa réplication ».

S’appuyer sur les habitants et les ressources locales

La réussite du projet repose aussi sur l’implication des habitants, notamment à travers les associations locales et les expérimentations de pistes innovantes ancrées sur les réalités du territoire :
• Remobiliser les 8 000 km de chemins ruraux pour les mobilités actives (marche, vélo). Une idée qui fait sens dans un territoire où les hameaux se situent souvent entre 3 et 6 km des bourgs-centres. L’expérimentation se fera avec les habitants, en partant de leurs usages.
• S’appuyer sur les entreprises à but d’emploi (EBE), comme celle de Luzy, pour co-construire des solutions de transport avec les usagers eux-mêmes. Une approche qui mêle insertion sociale et réponse aux besoins du territoire.

Changer les comportements

Faire évoluer les habitudes de mobilité est également un défi conséquent dans un territoire où la voiture thermique individuelle prédomine. Pour Jessica Raciti, il est essentiel d’accompagner les changements de comportement, en rendant les alternatives crédibles et pratiques, mais aussi attractives, grâce à une communication adaptée. 

Elle insiste également sur le rôle clé de la solidarité pour favoriser l’émergence de réponses partagées et adaptées aux besoins locaux. « La solidarité est essentielle dans les territoires ruraux et peut apporter une partie des solutions. »


Le projet BIMM est lauréat du programme TIMS en Bourgogne-Franche-Comté, pour une mobilité durable et inclusive.

Témoignage recueilli par Pascale Repellin, d'Alterre, dans le cadre de la réalisation du Repères flash "La mobilité durable et inclusive : une réponse à l’urgence climatique et sociale".

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