Mobilité rurale : le Pays de Maîche s’organise face aux défis du quotidien
Témoignage de Franck Villemain, président de la Communauté de Communes du Pays de Maîche
Franck Villemain, témoignage recueilli par Pascale Repellin (Alterre)

29 juill. 2025

Dans le Haut-Doubs, la Communauté de Communes du Pays de Maîche fait face à un défi majeur : repenser la mobilité dans un espace vaste, accidenté, et sans desserte ferroviaire. Franck Villemain, son président, partage les initiatives et les réflexions en cours pour améliorer la mobilité de tous, dans une logique inclusive, écologique et coopérative.

Un territoire enclavé et dépendant de la voiture

Avec 42 communes, dont certaines de moins de 20 habitants, et des distances importantes entre les services, la mobilité est une question structurante. Les écarts d’altitude, jusqu’à 500 mètres, compliquent encore davantage l’organisation d’une offre de transport cohérente. « Actuellement, nous n’avons pas de ligne ferroviaire et une seule ligne de bus Mobigo traverse le territoire deux fois par jour, dans chaque sens, à des horaires peu compatibles avec les besoins des actifs ou des touristes. » Résultat : une forte dépendance à la voiture individuelle et un accès aux soins, à l’éducation ou à l’emploi rendu difficile.

Une réponse sociale : le transport d’utilité sociale « Allo Kangourou »

Face à ces réalités, la collectivité a mis en place un transport d’utilité sociale baptisé « Allo Kangourou ». Ce service de proximité fonctionne sur le territoire de domicile à domicile les mardis, mercredis et jeudis. Les lundis et vendredis, il permet des déplacements hors territoire vers des centres de soins (Pontarlier, Valdahon, Besançon). « Ce n’est pas un service de transport classique, c’est un lien social. Il est indispensable pour nos habitants isolés. »

Des services innovants pour tous les publics

Plusieurs dispositifs complémentaires ont été mis en place, notamment grâce à l’association Re Bon, qui pilote une plateforme de mobilité avec un numéro unique d’appel pour tout le territoire. Ce service assure un accompagnement individualisé pour identifier des solutions de déplacement.

Par ailleurs, des services de location solidaire de vélos à assistance électrique, de voitures électriques ou sans permis rencontrent un réel succès. Des ateliers nomades de réparation de vélos permettent aussi de prolonger la vie des deux-roues et de renforcer l’autonomie des usagers.

La collectivité mène des actions de sensibilisation régulières. Le Festivélo, organisé autour du VTT, incarne cette dynamique et valorise la base de loisirs locale. « C’est une autre façon de donner envie aux habitants de se remettre en selle. »

Travailler avec les entreprises : un enjeu stratégique

Depuis qu’elle a pris la compétence développement économique en 2016, la communauté de communes engage un dialogue actif avec les entreprises, notamment celles qui emploient plus de 250 salariés. « Ces entreprises expriment un vrai besoin d’attirer des salariés. Pour cela, les moyens de transport sont importants. Et il est également nécessaire de limiter les bouchons dans les villages aux heures de pointe. »

Des réunions ont été organisées avec une quinzaine d’entreprises pour envisager la mise en place de navettes inter-entreprises. Pour cela, une meilleure coordination des horaires reste un prérequis. Pour aller plus loin, la collectivité envisage d’instaurer un versement mobilité. Ce levier permettrait de financer des navettes ouvertes à la fois aux salariés et aux habitants, dans une logique de partage et d’inclusion.

Autre piste innovante : la livraison de repas en entreprise, en partenariat avec des restaurateurs et traiteurs locaux, pour éviter les déplacements du midi, en particulier pour les salariés les plus vulnérables.

Encourager le covoiturage : leviers et limites

Des campagnes de communication et l’aménagement de parkings dédiés au covoiturage sont en cours de déploiement. Toutefois, ce mode reste peu intégré aux habitudes, excepté dans les liaisons vers la Suisse, qui emploie de nombreux habitants du territoire. « En Suisse, les entreprises récompensent le covoiturage. Elles s'y retrouvent car cela leur permet de limiter leurs superficies de parking. C’est un modèle inspirant. »

Sobriété, bien-être et attractivité : repenser le territoire pour tous

La mobilité durable s’inscrit dans une stratégie globale d’aménagement du territoire. Face au changement climatique, l’envie de « se mettre au vert » grandit. Le Pays de Maîche mise sur cette aspiration pour développer un tourisme raisonné autour de la base de loisirs de la Combe-Saint-Pierre.

Plus largement, la collectivité porte une vision où bien-être et sobriété deviennent des leviers d’attractivité. Dans un contexte de pression immobilière liée à la proximité avec la Suisse, elle veille à préserver l’équilibre social et à garantir à chacun la possibilité de vivre et de se déplacer sur le territoire. « On ne peut pas construire un territoire dynamique si on laisse des gens au bord de la route. La mobilité, c’est aussi une question de justice sociale. »


Le projet « Allo Kangourou » est lauréat du programme TIMS en Bourgogne-Franche-Comté, pour une mobilité durable et inclusive.

Témoignage recueilli par Pascale Repellin, d'Alterre, dans le cadre de la réalisation du Repères flash "La mobilité durable et inclusive : une réponse à l’urgence climatique et sociale".

Filtres
Publication Alterre
Thèmes
Actions partenariales
Partager cette page :