Comprendre les freins et s'appuyer sur les leviers pour faire changer les comportements
Interview de Didier Chateau, directeur régional de l’ADEME Bourgogne

juin 2012

On entend beaucoup parler de changer nos comportements, qu’en pensez-vous ?

Changer notre comportement et surtout le changer dans la durée, c’est la question que des acteurs de plus en plus nombreux se posent. Imaginons simplement que modifier nos habitudes permettrait d’économiser 10 à 15 % de notre énergie, c’est énorme ! Mais cette question lève le voile sur une complexité propre à chacun de nous, résultat d’un subtil cocktail composé de nos habitudes, difficiles à remettre en cause, nos préjugés, notre milieu culturel mais aussi une somme de facteurs psychologiques où se mêlent l’estime de soi, notre équilibre affectif, nos peurs…

Pourquoi une telle complexité ?

Oser changer pour aller vers plus d’apaisement, moins de boulimie, suppose d’être en capacité de sortir d’une préoccupation essentiellement centrée sur soi pour se relier aux autres et à son environnement, réintégrer des préoccupations qui ne sont pas seulement les nôtres. Ce qui explique, par exemple, comme plusieurs travaux de recherche le montrent, que les individus traversant une phase de rupture (deuil, mariage, naissance, changement de travail, déménagement…) sont plus perméables à des évolutions comportementales. Ils sont en effet obligés de trouver de nouveaux repères, de reconstruire un nouveau rapport aux autres et à leur environnement. Ils reprennent en main leur vie en main, refont des choix. Au cours de ce processus, on réinterroge le réel, on découvre ses lacunes, ses contradictions, parfois ses absurdités.

Pourtant, changer n’est-il pas une façon de mieux vivre ?

Prendre le bus au lieu de la voiture et profiter du temps de transport pour lire, réfléchir - ou ne rien faire ! - permet d’arriver moins stressé chez soi ou au travail, mais suppose d’accepter de « perdre » un peu de temps et donc de donner une valeur différente au temps que l’on vit. Ce changement, pour ceux qui le peuvent bien sûr, est très symbolique de ce qui se passe en nous, de notre capacité à réinterroger le sens de ce que nous faisons.

Alors, comment faire ?

On a besoin d’outils et d’hommes : des outils qui servent de déclic et de support dans la durée : un jeu, un « nudge* », un message, un logiciel … et on a besoin d’un accompagnement adapté, pour faire « l’expérience » et montrer l’intérêt du changement. Si l’un manque, alors le changement n’est ni massif ni durable. Et l’on sait qu’ensuite, un mouvement se met en marche : le bus et puis, pourquoi pas, mes achats, mon alimentation, mes vacances ? Et pourquoi ne pas essayer de covoiturer dans mon entreprise ? Changer ses habitudes une fois, c’est franchir la première marche de l’escalier du développement durable. Mais tant que nous n’en faisons pas l’expérience, avec quelqu’un à nos côtés, nous ne le savons pas. Alors, osons le premier pas, ce n’est que du bonheur !


* Nudge : coup de pouce

 

(Extrait de Repères n°60 - Quel regard porter sur le développement durable ?)

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