Paroles d'acteurs : " La transition : c'est quoi pour vous ? "
Jean-Pierre Cattelain, citoyen (25), membre du réseau des POTE's
Jean-Pierre Cattelain

sept. 2020

En quoi les solutions de finances alternatives contribuent à la transition vers un nouveau modèle financier voire économique ?

La majorité des citoyens ne connait pas la façon dont leur argent, placé dans les établissements bancaires, est investi. Un grand nombre de projets structurants, par exemple immobiliers ou d’infrastructures de transport, sont ainsi mis en œuvre alors qu’ils sont contestés, par la suite, par la population. Les projets se construisent sans que le citoyen soit prévenu, ce qui révèle ainsi l’incompréhension et la distance croissante avec les décideurs. Un article du journal Le Monde de décembre 2018 précise que, dans le domaine de l’énergie, les grandes banques françaises financent majoritairement les énergies fossiles, au détriment des énergies renouvelables. Ces pratiques vont à l’encontre de la tendance générale de la société, des besoins de la transition mais aussi de la communication faite par les banques qui se disent « vertes ».

Pourtant, à la manière des partenariats publics-privés, les citoyens ont la possibilité de participer et d’être intéressés, y compris financièrement, à des équipements structurants aux côtés des pouvoirs publics et des grandes entreprises. Ils peuvent, par leur épargne, exprimer leur préférence pour certains projets afin d’orienter l’activité économique de façon « plus souhaitable ». Dans ce sens, un décret vient d’être publié pour l’application d’une loi sur l’affectation de certains intérêts des livrets A à des projets choisis par les épargnants eux-mêmes (loi votée il y a plus de trois ans).

De nouveaux types de financements participatifs, solidaires et locaux, offrent la possibilité d’orienter son épargne différemment, contribuant à la transition vers un nouveau modèle économique et financier. Les citoyens participent activement aux investissements réalisés avec leur épargne en choisissant directement les projets et en rencontrant les créateurs d’entreprises qui en bénéficient. Il y a des solutions alternatives institutionnelles. C’est le cas de la banque La Nef ou des monnaies locales comme la PIVE dans le Doubs. Il y a aussi des solutions plus citoyennes qui soutiennent le développement local et amènent une dimension sociale et collective aux projets : Clubs d'investissement type CIGALES, ou Terres de Liens, pour ne citer que ces deux exemples. La plupart des gens participent à ces formules, par solidarité, par l’envie de faire bien, d’être un « colibri » et de « faire sa part ». Ils veulent une cohérence dans leurs choix et trouver des moyens qui ne les mettent pas en danger, qui ne leur coûtent pas trop. Ils participent à cet effort pour diverses raisons : sauver la terre, diminuer les émissions de carbone, diminuer la part de la chimie dans notre alimentation, diminuer leur consommation de pétrole, de plastique…

Sentez-vous que ce type de financements alternatifs se développe ? Comment accompagner ce développement ?

Le développement des nouvelles formules de financement est très lent, sans évolution marquée, même si « cela bouge ». Les investissements sont encore, malheureusement, dans des montants financiers et une proportion de la population qui sont presque négligeables. Pour que ces dispositifs se développent, il faudrait plus de gens qui en font la promotion, de même que les autorités publiques. J’ai fait plusieurs interventions pour informer mes concitoyens, et j’ai pu constater une certaine inertie par rapport au changement ; cela parait difficile de changer de banque. Le changement de pratiques nécessite un accompagnement long et de la pédagogie de manière à ne pas brusquer ou culpabiliser. Il faut en montrer l’intérêt pour la société.

C’est pourquoi, en tant que citoyen investi dans plusieurs de ces structures alternatives, j’ai souhaité m’engager pour faire connaître ces moyens de placer son épargne en lui donnant plus de sens.

En termes de finance, il est également possible d’aller vers la sobriété, comme cela existe en matière d’alimentation, d’habitat, d’habillement ; on peut échanger sans monnaie, dans des SEL (système d’échange local), en utilisant le principe de la banque du temps : « une heure égale une heure » : l’heure de travail « vaut » la même chose quels que soient l’activité réalisée ou le niveau de diplôme de la personne.

Ce message est important à faire passer à la société, pour réduire les inégalités, et il fait partie des buts de la transition ; il y a une noblesse dans tous les travaux.

Lors d’une conférence, on m’a fait remarquer que « tout cela était utopique ». Effectivement, je ne propose pas une solution toute faite, c’est à construire ensemble. En s’engageant à contribuer dans la mesure de ses moyens, chacun fait ce qui est en son pouvoir pour que l’utopie s’incarne et devienne réalité.

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Septembre 2020 - Interview réalisée par Pascale Repellin et Valérie Trivier (Alterre), dans le cadre de Repères n° 81.

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